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Bleu Blanc Bouge!

Une étude du GREF se penche sur l'utilisation des patinoires extérieures réfrigérées.


Par Pierre-Etienne Caza

Il n'y a toujours pas de hockey de la Ligue nationale en ce début d'année, mais les patinoires de quartier, elles, grouillent de monde ! C'est le cas notamment des quatre patinoires extérieures réfrigérées qui ont vu le jour à Montréal grâce au projet «Bleu Blanc Bouge» de la Fondation pour l'enfance des Canadiens de Montréal. Ces patinoires – aux dimensions officielles du hockey nord-américain – ont été construites dans des milieux défavorisés de la métropole, soit les arrondissements Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension (2009), Montréal-Nord (2010), Verdun (2011), et LaSalle (2012). Une cinquième patinoire sera construite à l'hiver 2013 dans l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce.

Le Groupe de recherche sur les espaces festifs (GREF) de l'UQAM a voulu mesurer l'impact de ce type d'équipement sportif sur la pratique d'activité physique chez les jeunes. «Nous avons étudié l'utilisation de la patinoire de l'arrondissement Montréal-Nord durant deux saisons hivernales, autant pour l'usage en pratique organisée qu'en pratique libre», précise Jean-Marc Adjizian, candidat à la maîtrise en géographie et administrateur principal du GREF. Outre ce dernier, l'équipe de recherche, qui a obtenu l'appui financier du regroupement Québec en forme, était composée du professeur Sylvain Lefebvre et des chercheurs Romain Roult et Julien Laurent.

Les écoles primaires prennent les devants

En semaine, de 9 h à 17 h, la patinoire est réservée aux groupes – écoles ou groupes communautaires. La recherche a permis de constater que 89 % des réservations sont effectuées par des écoles et, de ce nombre, 83 % sont des écoles primaires. «C'est devenu pour ces écoles un plateau sportif de proximité», note Jean-Marc Adjizian.

Certaines écoles amenaient déjà les enfants patiner – elles ont troqué l'aréna pour la patinoire extérieure – tandis que d'autres initient leurs élèves au patinage. «La structure des activités n'est pas optimale, note le chercheur. Soit les enseignants n'ont pas les aptitudes requises pour bien enseigner le patinage, soit leur groupe est trop gros pour mener adéquatement une activité dirigée. Mais bon, les jeune s'amusent quand même follement!»

Les écoles secondaires et les groupes communautaires sont peu nombreux à utiliser ce nouvel équipement sportif, les premières en raison de la distance, les autres à cause d'une méconnaissance des sports de glace. «Il faudrait mettre en place des mesures pour inciter les citoyens qui ne savent pas patiner à venir tenter l'expérience», souligne le chercheur.

La pratique libre: un succès!

«Quand les groupes organisés délaissent la patinoire à la fin de la journée, les jeunes et moins jeunes sont nombreux à attendre sur le bord des bandes afin d'en profiter à leur tour de façon libre», souligne Jean-Marc Adjizian.

Les chercheurs ont interrogé plus de 350 patineurs libres – répartis selon trois groupes d'âge – à propos de leur utilisation de la patinoire et de ses impacts sur le quartier. Chez les 6-11 ans, 82,6 % affirment patiner davantage depuis l'implantation de la nouvelle patinoire. La proportion est de 77,5 % chez les 12-17 ans et de 61,5 % chez les adultes. «On a toutefois remarqué que ce sont des gens qui faisaient déjà du sport qui utilisent la patinoire, nuance le chercheur. Cela s'explique facilement, car les initiés du hockey recherchent le meilleur équipement possible et c'est ce qu'ils trouvent à la patinoire réfrigérée, qui est aussi dotée d'un vestiaire. Beaucoup d'adultes proviennent des arrondissements périphériques – Anjou, Saint-Léonard, Rivière-des-Prairies, et même Laval!»

La patinoire est devenue un lieu de rencontre, pour les jeunes de 6-11 ans en particulier, ont observé les chercheurs. Certains s'y rendent même uniquement pour discuter avec leurs amis dans le vestiaire, ajoute Jean-Marc Adjizian. «La patinoire, précise-t-il, est l'un des rares équipements sportifs de l'arrondissement où l'on ne retrouve pas de graffitis. Les vestiaires aussi sont toujours propres, car les gens respectent les lieux et en sont fiers.»

Place à amélioration

Le chercheur émet toutefois quelques bémols. Les jeunes du quartier, par exemple, n'ont pas tous les moyens de s'acheter de l'équipement. «On fournit patins, casques et bâtons uniquement aux groupes organisés. C'est une des  lacunes du programme», souligne-t-il. Le manque de transport en commun dans l'axe est-ouest est un autre frein à l'utilisation de la patinoire, car il empêche les citoyens de l'ouest de l'arrondissement d'en profiter. Enfin, la clientèle pourrait être plus diversifiée. «Il y a un travail à faire au niveau des activités proposées et des stratégies de communication afin de rejoindre davantage les filles», conclut Jean-Marc Adjizian.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 8 (7 janvier 2013)

Catégories : Sciences humaines, Santé, Recherche et création, Étudiants

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 7 janvier 2013