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L'argent ne fait pas le bonheur, même au bureau!


Par Valérie Martin

Comment rendre vos employés productifs? Ne leur offrez pas d'argent sous forme de primes et ils vous le rendront au centuple! C'est le constat auquel est arrivé le professeur Jacques Forest, du Département d'organisation  et ressources humaines, en compilant plusieurs résultats de recherches, dont celle qu'il a réalisée en 2011 auprès de plus de 800 membres de l'Ordre des conseillers en ressources humaines. «L'argent peut être une source de motivation mais c'est l'outil le moins efficace pour motiver les employés», affirme le chercheur. Jacques Forest donne en exemple le cas du golfeur. «Est-il payé cher pour pratiquer son loisir préféré? Pourquoi le fait-il, alors, s'il n'est pas payé?»

Les études sur la motivation démontrent que l'être humain est d'abord motivé à accomplir une tâche ou à pratiquer un sport s'il éprouve du plaisir, et de l'intérêt à le faire, ou bien s'il a la vocation. C’est la même chose qui poussera une personne à faire son travail, même si cela n'est pas nécessairement agréable, comme donner le bain à une personne très malade par exemple. «Pourquoi l'être humain serait-il tout à coup différent dans son milieu de travail? demande Jacques Forest. Ce n’est pas vrai qu'il travaille seulement pour l'argent ou pour atteindre un objectif bien précis comme devenir le meilleur vendeur dans son département. Oui, il peut travailler pour de telles raisons, mais l'argent et l'égo n'expliquent pas tout.»

Selon le professeur, les employés qui accomplissent leur tâche par plaisir ou qui le font en accord avec leurs valeurs personnelles en retirent plus de satisfaction et sont plus performants en général que leurs collègues «qui travaillent pour l'argent». «Ces derniers risquent de ressentir plus de frustration et de souffrir davantage d'épuisement professionnel.»

Libres, compétents, valorisés

Les gens les plus heureux, au sein d'une entreprise comme dans la vie quotidienne, se sentent libres, compétents, valorisés, en connexion avec les autres. «Les trois besoins psychologiques que sont l'autonomie, l'affiliation sociale et la compétence sont ainsi satisfaits. La paye n'a rien à voir avec cela.» Pour satisfaire de tels besoins de base, un employé peut quitter un poste prestigieux et bien rémunéré pour un emploi moins payant, mais dans lequel ce dernier se sentira plus libre et épanoui, fait remarquer Jacques Forest.

Le salaire est certes important pour jouir de bonnes conditions de vie. «Une paye honnête écarte les irritants et permet au travailleur de nourrir ses enfants et de payer ses comptes.» Mais, précise le chercheur, il ne faut pas multiplier les sources de rémunération. «Les entreprises qui versent des salaires à leurs employés de manière juste et équitable ont des travailleurs plus performants. Et ces derniers seront plus à même d'être fidèles à l'entreprise.»

L'argent apporte un plaisir qui ne dure pas. «Une personne qui gagne 100 000 $ à la loterie va penser que sa vie s'est grandement améliorée, dit Jacques Forest. Sur une échelle de 1 à 10, son bonheur va atteindre un maximum, mais pour un temps limité seulement. On s'habitue à tout: à courir un 10 km comme à une hausse de notre niveau de vie. L'argent n'est pas un gage de bonheur.»

Effets pervers des primes

Les employés qui reçoivent des primes de rendement, ou toutes autres récompenses, voient certes leurs efforts augmenter, mais leur intérêt envers leur tâche peut diminuer et ils peuvent fournir moins d'efforts après avoir été récompensés. «Cela peut mener à moins de collaboration et à moins de proximité entre les employés, affirme le professeur. L'argent crée un effet d'autosuffisance.» Offrir des primes ou des récompenses à certains employés renforce les inégalités et peut faire diminuer la performance au sein de l'entreprise. «Plus les disparités de revenus sont grandes, plus la performance diminue. Ceux qui ne reçoivent pas de primes croiront qu'il est justifié que les employés récompensés restent après les heures de bureau ou aient plus de tâches à accomplir en un même laps de temps.» On retrouve également plus de roulement de personnel au sein des entreprises plus inégalitaires. Autre constat : les employés qui reçoivent des primes adoptent parfois des comportements déviants pour atteindre leur but plus rapidement, «comme voler des ventes à leurs collègues», observe Jacques Forest.

Parmi les solutions envisagées pour réduire l'iniquité salariale, Jacques Forest cite le cas récent de François Hollande. «Après avoir été élu président de la République française, il s'est voté une baisse de salaire de l'ordre de 20 %. L'idée, c'est de réduire l'écart entre les mieux et les moins nantis dans les entreprises.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 5 (31 octobre 2012)

Catégories : Gestion, Santé, Recherche et création, Professeurs

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